Je me baladais sous les airs d'une matinée trop colorée,
un peu faussée. Je me suis surprise tel un enfant de présage,
vague sourire au creux de la main, évitant les fissures qui
marbraient le trottoir. Seule devant la complainte de la ville,
je me suis mise à voyager vers d'autres circonstances.
.
Tu attendais sagement sur le pont de mon embarcadère
illusoire et je revivais la prélude d'un amour inavoué au
coucher du jour. Tu étais arrivé en retard au croisement
du chemin, mais enfin je m'en fichais. Sur le banc de
pierre, nos corps luttaient déjà contre la distance qui nous
retenait. Et dans la frénésie de leurs rires, les autres
c'étaient fondus au décor que je ne dicernais désormais
plus. On ne le voyait pas encore, mais il existait un
nous parmis les vapeurs du soir.
.
Puis, sans compter mes pas qui promenaient des idées
égarrées, j'ai continué ma route hasardeuse vers d'autres lieux.
.
Quand la tyrannie du temps condamnait nos rires
dans des fractions de secondes. Esclaves nous étions, encore
inertes sous tes draps d'été, redoutant le murmure grave d'un
autre éloignement. J'avais pu croire un instant que la vie tout
autour avait retenu son souffle pour nous. Mais la lenteur de
mon éveil troublait chaque jour le décompte refoulé.
.
Il avait fallu que j'ouvre les yeux pour que ma réalité au
présent regagne le plancher. J'arrivais à destination. La vraie.
Là où les ports ne sont pas imaginaires. Et j'attends encore
les jours où ta présence marquera plus souvent ma réalité
que mes souvenirs dépassés. J'attendrai. ♥